Catherine Marie Pothier était une femme extrêmement indépendante et intelligente, douée d'une passion pour la poésie et d'une compassion incontestable pour ceux qui souffrait de maladie mentale. Elle était largement reconnue pour son service en tant qu’infirmière psychiatrique, travaillant avec des soldats tout au long de la Deuxième Guerre mondiale.
Son héritage - Catherine fut née le 28 août 1899 dans le village de Pubnico-Ouest en Nouvelle-Écosse. Elle était la deuxième fille de Jean-Henri Pothier et Hermance d’Entremont, et la plus jeune d’une famille de cinq enfants.
Dans ses mémoires, Catherine écrit qu’elle habitait ‘ une modeste maison traditionnelle’ et que les membres de sa famille étaient les seuls Pothier du village.
Elle décrivait ses parents comme étant ‘travailleurs et dévoués’- son père était pêcheur et agriculteur, et sa mère, chaleureuse et très occupée à la maison.
Catherine a travaillé comme enseignante dans la région des Pubnico, au début de sa vingtaine. Elle poursuivit ses études d'infirmière, obtenant son diplôme de l’Hôtel-Dieu de Moncton, au Nouveau-Brunswick, en 1932.
Elle déménagea ensuite à Montréal, en 1934, où elle fit un stage en soins infirmiers avec des malades mentaux à l’hôpital Saint-Jean de Dieu.
Au cours des années suivantes, Catherine travailla comme infirmière dans divers hôpitaux de Montréal et comme infirmière et gouvernante en service privé. C'était pendant les années de la Grande Dépression, et comme beaucoup d’autres gens, Catherine a eu du mal à se trouver un emploi à plein temps.
À l’âge de vingt-quatre, Catherine dût subir une chirurgie abdominale à Yarmouth, en Nouvelle-Écosse. Ce fut après cette intervention, qu'elle se vit hospitalisée dans une institution psychiatrique à Dartmouth, bien que la raison ne fût pas claire. Suite à cette hospitalisation, elle accepta une invition du Père Daly Comeau pour aller se rétablir aux Bermudes, où il travaillait comme missionnaire. C'est ici que Catherine rencontra Mme Emmeline Pankhurst et écrit dans son journal qu'Emmeline «...avait été à la tête du mouvement des suffragettes en Angleterre.
On avait beaucoup parlé d'elle dans les journaux, mais elle avait finalement obtenu ce dont elle aspirait tant : ‘le vote pour les femmes’.» C'est cette rencontre avec Pankhurst qui aurait probablement déclenché en Catherine, son sens d'indépendance.
Catherine ne fut pas séduite par les Bermudes; le temps était trop chaud et le travail, démotivant. Pourtant, ce voyage marqua un tournant dans sa vie. Elle prit goût pour les voyages et s'épanouit grâce à cette liberté retrouvée.
Après s'être enrôlée dans le Corps infirmier américaine, Catherine passa l'année et demie suivante en entraînement à Camp Edwards, au Cape Cod, et à Camp Kilmer au New Jersey. Comme toutes les infirmières combattantes, on leur a conféré un rang relatif de 2e lieutenant. Plus tard, elle écrit dans son journal : «J'étais occupée. J'aime mon travail... J'étais lieutenant... Et quand je disais aux hommes qui travaillaient dans la salle hospitalière «soldats, sous-officiers jusqu'aux sergents» de faire quoi que ce soit, c'était un ordre qu'ils devaient obéir.»
Catherine commença son service militaire en outre-mer et fut transportée sur le Santa Elena, faisant escale d'abord en Algérie, puis ensuite en Italie.
Catherine avait déjà 44 ans lorsqu'elle arriva en Afrique du Nord. On ne peut que s’imaginer son choc d'avoir besoin de vivre dans des tentes, de recevoir une machette pour protection, de dormir sous des moustiquaires et de participer aux exercices et marches militaires.
Avant la fin à sa carrière comme infirmière militaire «ayant atteint le rang de 1er lieutenant», Catherine remplit une «demande de naturalisation» pour les États-Unis et reçut son certificat de citoyenneté le 1er décembre 1945, à Trenton, au New Jersey.
De mai à juin, 1944, Catherine fut cantonnée au 43e hôpital de base à Bizerte, en Tunisie. C'est l'à qu'elle se tissa des liens proches avec plusieurss infirmières, notamment, sa compagne de tente, Grace Partridge. Lorsqu'on donna l'ordre de se deplacer jusqu'en l'Italie, Catherine monta à bord du navire-hôpital Algonquin qui faisait route de la Tunisie jusqu'à Naples.
En Italie, Catherine témoignait la dévastation causée par la guerre, notamment les ruines de nombreux bâtiments qui avaient été bombardeés. En 1945, Catherine rédigea un nouveau journal, bien que cet acte soit contre les règlements militaires, précisant que: «L'armée m'interdit de garder un journal, mais je pense qu'il ne tombera jamais entre les mains ennemies, leur dévoilant des informations.»
Après avoir été libéré de l'armée en 1946, Catherine s’acheta une maison à North Billerica, au Massachusetts, près de l'hôpital des anciens combattants à Bedford, où elle travailla pendant 13 ans, jusqu’à sa retraite. Elle prenait sa retraite comme infirmière psychiatrique en août 1959. Tout au long de son séjour aux États-Unis, Catherine garda ses liens d'amité avec son amie, Marie-Thérèse «aujourd'hui DeLorey», et sa famille, leur rendant souvent visite à North Weymouth, au Massachusetts. En 1960, Catherine rentra en Nouvelle-Écosse et déménagea à Pubnico-Ouest. Elle est décédée le 31 juillet 1969 à l'âge de 69 ans et fut enterrée au cimetière derrière l’Église Saint Pierre, à Pubnico-Ouest.
Collectionneuse passionnée, Catherine documenta minutieusement une grande partie de son temps passé à l'étranger et aux États-Unis. Elle a compilé de nombreux albums où figuraient des coupures de presse et événements saillants, ainsi que des albums de photos de sa famille, de ses amis et de ses patients. Enfin, et peut-être surtout, ce sont ses écrits et ses dessins qu'elle a sauvegardés, réalisés par des patients prisonniers de guerre, qui sont les plus importants, car ils soulignent sa compassion pour les soldats.
Il existe une incroyable richesse de documentation, de dossiers, d'effets et journaux personnels et d'albums qui nous ont été légués. Ceux-ci nous permettent d'imaginer plus clairement la vie et le service militaire de Catherine Pothier.